Qui veut la peau de Comores Télécom? Le FMI et l’impérialisme économique?

Beaucoup de Comoriens attendaient avec impatience, l’entrée en scène du nouvel opérateur téléphonique Telma . Depuis hier c’est chose faite. Cependant, beaucoup ignorent que la délivrance d’une deuxième licence globale de télécommunication, constitue le plan B du gouvernement comorien.

Le plan initial était la privatisation de Comores Télécom. En janvier 2013, les autorités avaient présenté un projet de loi relatif à l’ouverture du capital de Comores Télécom, mais il fut rejeté par la majorité des députés en décembre 2013. Cette loi prévoyait la cession de 51% du capital à des investisseurs privés, tandis que l’État comorien se contenterait de seulement 34%.

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Comores-Télécom rapporte des milliards de francs à l’État comorien chaque année. C’est elle qui vient à la rescousse du gouvernement à chaque fois que celui-ci fait face à des difficultés financières. Cette entreprise publique, qui affiche plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, n’a jamais rencontré de problèmes significatifs de trésorerie. S’il y a un domaine dans lequel les Comores n’ont pas besoin de mendier des aides extérieurs pour fonctionner, c’est celui des télécommunications.

Alors les questions que tout le monde devrait se poser sont les suivantes. Pourquoi l’État comorien se donne autant de mal à scier la branche sur laquelle, il est assis? Pourquoi veut-il à tout prix tuer sa poule aux œufs d’or? Pourquoi tant d’acharnement envers sa vache à lait? Comment expliquer qu’il mette tant de zèle pour se débarrasser de cette manne financière que lui apporte Comores-Télécom, qui est le deuxième contributeur au budget national, après les douanes?

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Les vrais motifs de cette mise à mort, il faut les chercher, plus haut. L’État comorien, n’est qu’une victime consentante qui se fait harakiri, en cédant face au chantage du FMI. Il ne s’agit pas là, de suppositions ou d’extrapolations, mais bien d’un fait, écrit noir sur blanc dans « L’accord triennal au titre de la facilité élargie de crédit » signé entre les Comores et le FMI. On peut y lire: « la restructuration des sociétés de service public, reste une grande priorité. Les services du FMI ont par conséquent engagé les autorités à veiller à ce que le retrait de l’État de Comores Télécom soit effectif à fin décembre 2012. »

Le FMI ordonne et l’État comorien exécute, sans penser aux intérêts économiques du pays. Il est important que les Comoriens comprennent que Le FMI n’est pas une ONG ou une association caritative. C’est un organisme qui favorise les grandes puissances occidentales. Son fonctionnement n’a rien de démocratique. Les pays membres ne sont pas tous considérés sur un même pied d’égalité. Les nations les plus riches dominent les prises de décisions, car le vote est déterminé par le montant versé par chaque pays. La quantité disproportionnée de pouvoir détenue par les pays riches dans cette organisation, signifie que les intérêts des banquiers, des investisseurs et des sociétés des pays industrialisés sont toujours mis au-dessus des besoins des pays pauvres et de leurs populations.

Il n’est donc pas étonnant de découvrir que cette ouverture à la concurrence prônée par le FMI, profite à un investisseur occidental. En effet, c’est Xavier Niel, au travers de son fonds d’investissement NJJ CAPITALE, qui se cache derrière Telma pour pénétrer le marché comorien. En d’autres termes, auparavant nous enrichissions notre État, désormais, l’argent des Comores, un des pays les plus pauvres au monde, ira dans les poches de l’un des hommes les plus riches de France.

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Après avoir offert notre port à Bolloré, la construction de nos routes à Colas, l’importation de notre ciment à Lafarge, voilà que nous servons sur un plateau d’argent, nos télécommunications à Xavier Niel. Ces sociétés françaises feront des millions d’euros de bénéfice chaque année sur le dos du peuple comorien, et en bonus ils ne payeront quasiment pas d’impôts. Pendant ce temps notre pays continuera à mendier des aides étrangères.

Nos îles doivent se libérer économiquement de ce néocolonialisme. Il ne s’agit pas de verser dans un anticapitalisme primaire, mais de défendre nos intérêts. Nous devons oser aller à l’encontre de la doxa dominante. Oui au capitalisme, mais à un capitalisme d’État la Singapourienne. Au lieu de se désengager des entreprises publiques au profit des multinationales étrangères, il faudrait assumer un interventionnisme étatique décomplexé. Le monde change et le capitalisme sauvage a montré ses limites. Du brexit à Trump, même les plus ardents capitalistes reviennent à un patriotisme économique, aux antipodes de la version du libéralisme prôné par le FMI, la Banque Mondiale, et l’OMC.

Une petite classe de comoriens privilégiés se plaint de la lenteur et du prix de la 3G de Comores Télécom. Des petits problèmes de riches, dont le comorien lambda se moque éperdument. Nous sommes un pays dont 42,4 % de la population, soit près de 320 000 personnes, vivent en dessous du seuil national de pauvreté. Une large partie de notre peuple n’a pas de quoi manger tous les jours, encore moins s’acheter un smartphone pour surfer sur le net. Alors cela vaut-il le coup de tuer la plus rentable des sociétés comoriennes, pour qu’une poignée de quelques milliers de nantis, puissent passer de la 3G à la 4G sur leur ipad, iphone et Samsung?

Mahamoudou Karim

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