Marine le Pen à Mayotte, et l’émergence du fascisme mahorais

Alors que sa visite à la Martinique, en juin 2015, a été reportée sous la pression des Martiniquais rassemblés sous le comité « Marine Déwo » et qu’elle a déjà annulé deux visites aux Antilles en 2012 et 2013 à cause de l’hostilité des habitants. Alors qu’en 2012 à son arrivée sur l’Île de la Réunion, 200 personnes sont venus la huer. La présidente du FN a été accueilli par des chants et des colliers de fleurs à Mayotte. Pour comprendre cette anomalie, il faut resituer le contexte d’une île en plein processus de fascisation.

« Micro-Fascisme tropical », voilà la formule cinglante par laquelle, Dénètem Touam Bona, un philosophe enseignant à Mayotte, décrivait le climat qui régne sur cette île, dans son article publié par le magazine Jeune Afrique en juin 2016. Au vu de l’accueil chaleureux que les Mahorais ont réservé à Marine le Pen, leader de l’extrême droite française, on comprend que « fascisme » n’était pas une figure de style, une hyperbole, mais un constat froid et glaçant sur la mentalité dominante dans la société mahoraise.

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Il est temps de tirer la sonnette d’alarme sur cette inquiétante dérive. Des journalistes aux politiciens, tous font le nid du FN, en polluant le débat avec des propos xénophobes, qui en métropole leur vaudraient procès sur procès. Discours sécuritaire, identitaire, anti-immigration, lois d’exception, toute la panoplie idéologique de l’extrême droite, est reprise et défendue par les élus mahorais de tous bords. C’est le député Ibrahim Aboubacar du parti socialiste, qui est le fer de lance de certaines postures ultra-nationalistes telles que la suppression du droit du sol. Voilà la gauche mahoraise on vous laisse imaginer la droite.

Sous le régime fasciste de Vichy, il y avait la Milice Française, des supplétifs de la Gestapo, qui participaient à la traque des Juifs. Comme tout fascisme qui se respecte, le fascisme mahorais a aussi ces milices, des collectifs qui, agissant avec la bénédiction de la classe politique, tabassent et cassent les habitations des migrants, jetant femmes et enfants à la rue, en toute impunité.

D’autres se lancent dans des discours paranoïaques et s’érigent en garant de la pureté et de l’homogénéité de la culture mahoraise, qui serait sous la menace d’influences extérieures. Bien qu’ils reconnaissent eux-mêmes, qu’ils n’ont pas de définition précise de ce qu’est l’identité mahoraise.

Vouloir expliquer le fascisme mahorais uniquement par le phénomène migratoire venant des autres îles des Comores, est une simplification à outrance. La Guyane subi un degré de migration comparable, ce n’est pas pour autant qu’elle a déplié le tapis rouge à Marine le Pen . Elle n’a pas non plus recours à la violence contre les migrants. Dans les années 60, il n’y avait pas de migration, pourtant depuis cette époque Mayotte est à contre-courant, de l’évolution des peuples noirs. Lorsque les Antilles étaient secouées par la négritude de Césaire, et qu’en Afrique, la fièvre de la décolonisation se faisait ressentir, Mayotte resta imperméable à toutes ces vagues. Ceci s’explique du fait que Mayotte était et reste un désert intellectuel et idéologique.

Ce n’est pas un hasard si de 1981 à 2002, les députés de Mayotte s’appellent Jean-François Hory et Henry Jean-Baptiste, deux personnalités qui n’ont rien de Mahorais, mais que les barons de l’île ont appelé au secours, pour pallier l’absence de leadership local capable de défendre leurs intérêts à l’assemblée nationale. Cette absence de têtes pensantes, laisse la population mahoraise à la merci des manipulations des populistes et démagogues, même les plus abjectes.

Mayotte est en totale perte de repères identitaires. C’est une île comorienne, devenu département français. Une terre profondément musulmane dans une république à la laïcité autoritaire. Une parcelle d’Afrique transformée en région ultrapériphérique de l’Union européenne. Face à tant d’identités antinomiques, Mayotte a urgemment besoin de faire émerger une intelligentsia, capable d’être le relais sur l’île des courants de pensée qui agitent le monde. La société mahoraise se doit de produire une jeune élite intellectuelle pouvant se positionner en garde-fous, et mettre fin au fascisme mahorais avant qu’il ne soit trop tard.

Mahamoudou Karim

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